Il règne dans les salles du Centre national du costume et de la scène une présence singulière. Fastueuse et flamboyante. Dans l’ombre des salles tamisées se dressent des silhouettes qui ont connu la lumière de la scène, le feu des projecteurs et la fièvre des soirs de première. On croirait entendre le froissement d’une jupe en brocard, ou le pas d’une danseuse vêtue de tulle diaphane. À ces textiles et couleurs, il fallait un écrin capable d’en révéler toute la richesse. Un espace d’envergure nationale dédié à leur conservation et exposition. C’est ainsi que le Quartier Villars à Moulins, ancienne caserne militaire du XVIIIe siècle, fut converti en Centre national du costume et de la scène, offrant pour la première fois un lieu à la mesure de ce patrimoine matériel longtemps laissé dans l’ombre des metteurs en scène et des interprètes.
Un pari fou
L’idée mûrit en 1994, portée par le ministère de la Culture et les grandes institutions du spectacle vivant confrontées à une même urgence : trouver de nouveaux espaces pour conserver des milliers de costumes entassés dans des réserves devenues inadaptées, à l’époque où la Comédie-Française et l’Opéra de Paris, eux, cherchaient précisément à valoriser leurs collections.

À Moulins, le Quartier Villars, classé Monument historique depuis 1984, offrait alors l’opportunité rare de sauver un patrimoine architectural abandonné (voir encadré p.115), tout en consacrant un lieu aux costumes de scène. Installer un centre national dans la cité bourbonnaise, loin de la capitale, semblait alors bien audacieux. Pourtant, il s’inscrivait dans la politique de décentralisation culturelle des années Mitterrand, prouvant qu’un territoire pouvait lui aussi devenir un point d’ancrage majeur et ouvrir le monde du spectacle vivant à d’autres publics. « Quand j’ai vu la place d’Armes, un vaste terrain vague fermé de palissades, et ce bâtiment à moitié effondré, j’ai eu du mal à imaginer ce qu’on pouvait en faire », se souvient Delphine Pinasa, alors à l’Opéra de Paris avant de devenir directrice adjointe puis directrice du CNCS en 2011. 20 ans plus tard, le Centre s’est imposé comme une référence et sa légitimité ne fait plus débat.
“Nous avons mis un beau coup de projecteur sur la variété des costumes, des disciplines, mais aussi les coulisses, les secrets de fabrication (…)”
Au rythme de deux expositions temporaires annuelles jusqu’en 2025, enrichies d’espaces permanents (la Collection Noureev depuis 2013, La Scène depuis 2023, et Trésors des collections en 2025), le CNCS accueille près de 90 000 visiteurs par an, dans une ville de 20 000 habitants. Un succès porté par une équipe engagée, attentive à chaque détail, de la conservation des pièces à leur exposition.
