Il résonne dans le grondement de la Durolle un écho ancien. Celui des marteaux frappés sur la forge, des lames qu’on trempait dans l’eau froide, des vies ouvrières qui se sont usées ici. Accrochée à la roche, l’ancienne coutellerie du Creux de l’Enfer garde les stigmates d’un siècle de travail et de métal. Mais depuis 1988, cette usine devenue centre d’art est un lieu d’expérimentation et d’exposition unique où dialoguent art contemporain et patrimoine industriel, création et acier.
Un centre d’art enraciné
Depuis son ouverture, Le Creux de l’Enfer défend une conception exigeante, mais démocratisée, de la culture. Déjà en 1988, il apparaissait comme un pionnier de la décentralisation culturelle. Lui, comme les 18 autres centres d’art alors créés sous la France mitterrandienne, avait pour but de diffuser dans les territoires et au plus près des gens des projets de sensibilisation à la culture. Fidèle à sa mission citoyenne, il se veut encore aujourd’hui un centre d’art enraciné dans son territoire et soutient la création avec les mêmes convictions et envies. « C’est tout un projet artistique et culturel que mène Le Creux de l’Enfer tout au long de l’année », commence Sophie Auger-Grappin, directrice des lieux depuis 2018. « Notre ambition première est de soutenir la création par le biais, entre autres, de résidences, de financements – honoraires aux artistes, budgets de production… ».
« C’est tout un projet artistique et culturel que mène le Creux de l’Enfer tout au long de l’année. »
De ce soutien aux artistes invités naissent alors des œuvres conçues in situ – ici, pas de collection permanente – donnant lieu à des expositions uniques, lesquelles s’accompagnent d’un grand travail de médiation et de sensibilisation des publics à l’art contemporain à travers de nombreux évènements et diverses actions : résidences dans les lycées techniques ou les entreprises locales, ateliers pour les scolaires et les familles, ou encore élaboration d’une artothèque pour emprunter des œuvres comme on emprunte des livres.

L’équipe tient à tisser un lien concret, un dialogue construit entre la création et le territoire, entre la vallée ouvrière et le monde de l’art. Un engagement qui valut au Creux de l’Enfer l’obtention du label Centre d’art contemporain d’intérêt national par le ministère de la Culture en 2019. « Cela a vraiment apporté une légitimité à notre projet artistique, affirmé nos missions de production et d’accompagnement des artistes, mais aussi conféré un argument de poids auprès des élus pour entreprendre la restauration complète du bâtiment », poursuit la directrice en nous guidant vers la grande salle d’exposition.
