Savoir-faire

Laissez parler les p’tits papiers…

Entre Forez et Livradois, sur fond de forêts et de vallées, Étienne Gouttefarde perpétue un art vieux de plusieurs milliers d’années : la fabrication du papier. Débordant de créativité, cet ancien globe-trotteur de retour dans ses pénates, à Marsac-en-Livradois, écrit la suite d’une histoire commencée au XIVe siècle dans le Pays d’Ambert, berceau de la papeterie en France. Sa signature : la fabrication de papier recyclé, véritable œuvre créative, artisanale et artistique.

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Geoffrey Citez

« Quand je serai grand, je serai inventeur ! », se répétait Étienne lorsqu’il était enfant. À peine entrée dans l’atelier, je l’imaginais alors bricolant dans la grange, courant d’un établi à l’autre, ses outils à la main et le visage couvert de poussière. 20 ans plus tard, le jeune homme n’a rien perdu de sa candeur et de sa spontanéité enfantine qui percent à travers son regard. Ajoutez à ce sourire franc une carrure bien charpentée, un teint hâlé et de longs cheveux dorés, et vous aurez Étienne Gouttefarde, alias le dur_de_la_feuille sur les réseaux, jeune artisan papetier à Marsac-en-Livradois. Un métier historiquement ancré dans la région qui fut l’une des premières à produire du papier dès le début du XIVe siècle. L’Auvergne comptait alors près de 300 moulins, dont 150 dans le Pays d’Ambert ! Rien pourtant ne semblait prédestiner Étienne à porter haut le flambeau d’une tradition papetière ancestrale. Un master de STAPS en poche, assoiffé de nouveaux horizons, le jeune homme décide de voir du pays et part vivre pendant deux ans en Australie, entre autres aventures sur les continents asiatique et latino-américain.

Connu sous le psuedonyme le dur_de_la_feuille sur les réseaux, Étienne Gouttefarde est le créateur des Papiers de la grange.

Mais, même à l’autre bout du monde l’Auvergne, a ce quelque chose, cette force magnétique qui a le pouvoir de rappeler un homme à ses terres natales. « J’ai voulu revenir dans ma région car j’aime l’Auvergne. C’est ici que je me sens chez moi », commence Étienne. De retour à Ambert où il est né, notre oiseau voyageur trouve alors une place au Moulin Richard de Bas, auprès du papetier qui lui apprend le métier pendant un an, avant de le remplacer et de gérer seul la production l’année suivante. Après deux ans de bons et loyaux services, lorsque le Moulin est racheté, Étienne décide de prendre son envol et monte alors son propre atelier, Les Papiers de la grange en 2024 : « J’ai d’abord cherché un moulin à reprendre, mais c’était coûteux ou compliqué », se souvient le papetier. « Finalement, j’ai réalisé que j’avais ici, dans la ferme de mes parents, tout ce qu’il me fallait », poursuit-il en ouvrant fièrement les portes de son atelier.

Gestes sacrés

Ici, pas de moulin à eau ni à vent. Niché dans l’écurie et la grange de la maison familiale où il a grandi, cet espace semblait fait pour accueillir le papetier. Retapé de ses mains de fond en comble à base de récup et de bricole, Étienne parvint en quelques mois à faire de ce lieu son antre sacré où naît, de la rencontre de sa créativité débordante avec la beauté d’une tradition ancestrale, une matière aussi simple que sublime, le papier. Au même moment, le papetier entama un tour des papetiers de France afin de parfaire sa formation. « Quand j’ai travaillé au Moulin Richard de Bas, je n’ai pas appris à être papetier, j’ai appris une technique. On commence à être papetier quand on sait ce qui compose le papier, pourquoi on utilise telle ou telle fibre, etc… Et ça, je l’ai pris en faisant le tour de France des papetiers », précise Étienne. Une expérience unique, riche de rencontres et d’échanges au cours desquels il apprit de nombreuses techniques. « En Dordogne, j’ai rencontré André, 86 ans, qui m’aide et me donne beaucoup de conseils. C’est lui qui m’a donné toutes ces formes, les plaques qui vont déterminer les formats des feuilles de papier, très difficiles à trouver en papeterie artisanale. » Tel un flambeau, ces formes passées de mains en mains sont le témoin rare d’un passé, d’une technique et d’une passion, et aujourd’hui, c’est au tour d’Étienne de mettre la main à la pâte et de leur rendre honneur.

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