Le ciel est clair, l’air déjà lourd. Bouillonnant d’impatience à l’idée de m’offrir pour la première fois la sublime vallée de Chaudefour, voilà des jours que je guettais le ciel morose. Mais aujourd’hui, l’instable printemps a tiré sa révérence. En cette journée caniculaire, je décide de prendre le large, appelée par les sommets. À l’orée de la forêt, la maison de la Réserve naturelle de la vallée invite les randonneurs curieux à découvrir les expositions permanentes sur les oiseaux rares, les petits mammifères, les reptiles et batraciens, les insectes et les plantes, mais aussi les sculptures peintes grandeur nature, les boîtes-milieux, la grande fresque représentant la Réserve ou encore l’exposition temporaire sur les serpents protégés, nous sensibilisant à la fragilité de ce site unique. Bien renseignés, le pas pressé, nous nous engageons alors sur le sentier en direction de la vallée. Gardiennes des lieux, de magnifiques vaches Montbéliardes suivent d’un œil confiant les marcheurs qui s’aventurent au-delà du pont Saint-Anne. Et là, quelle fut notre surprise ! Que dis-je : notre émerveillement ! Face à nous, les crêtes tranchantes découpent le ciel limpide, offrant un tableau époustouflant à nos yeux éblouis !

Classée Réserve naturelle nationale, cette ancienne vallée glaciaire est un véritable écrin de nature brute et sauvage où cohabitent une faune et une flore fascinantes cerclées de merveilles géologiques. Née il y a 600 000 ans de la destruction partielle du massif volcanique du Sancy, la vallée résulte d’une éruption violente ayant entraîné l’effondrement latéral du volcan, créant un cirque aux spectaculaires parois rocheuses. Magnétiquement attiré par les dykes volcaniques qui élèvent leur silhouette minérale vers l’azur, notre regard contemple ce majestueux amphithéâtre sculpté par le temps où se dressent l’illustre Dent de la Rancune et la belle Crête du Coq, imposantes colonnes de lave dégagées par l’érosion glaciaire et prisées des grimpeurs les plus avertis pour leurs voies d’escalade uniques. Tirés de notre contemplation par le tintement des cloches du troupeau, il est temps de nous engager, le cœur battant, sur l’exceptionnel tour de la vallée par les crêtes.
Auvergne éternelle
À la croisée des chemins, nous partons en direction de la cascade de la Biche et traversons le ruisseau avant de bifurquer à l’entrée de la forêt, cap sur le puy de Champgourdeix. Accompagnés du seul chant des oiseaux, le sentier s’enfonce dans une magnifique hêtraie. La lumière pénètre timidement à travers les branches, les racines craquent sous nos pas. Si la douceur des premiers mètres permet de se mettre en jambes, très vite le dénivelé se fait sentir. À mesure que nous gravissons le puy, entravés par les éboulis pavant le chemin cahoteux, notre souffle se fait court. Mais pas question de perdre le rythme. Pantelants, nous parvenons enfin au sommet du puy avant de remonter la plaine des Moutons où le vent porte l’odeur des genêts en fleurs.
