C’est à Lavigerie, petit hameau blotti au pied des montagnes, que nous retrouvons notre précieux guide de la journée, Stéphane Serre. L’air bienheureux et fier, campé devant Alta Terra, sa maison d’hôtes, il pointe le soleil et s’exclame : « Quelle chance ! Hier, c’était la tempête ! ». Mais après la pluie, le beau temps. Ce matin, les rayons du soleil chassent les derniers frissons et réchauffent la montagne qui nous tend les bras. Un jour béni d’hiver.
Cap sur les crêtes
Après un magnifique drift sur la neige – histoire de commencer cette expédition sur les chapeaux de roue – nous posons le pied au col de Serre. Chaudement chaussés, bâtons en main, nous voilà prêts à nous hisser jusqu’au plateau du Limon dont Stéphane nous vante la beauté depuis notre arrivée. « Ce plateau est peut-être l’endroit où je suis le plus allé, mais je ne m’en lasserai jamais », sourit-il. Ethnologue de formation, accompagnateur en montagne depuis 25 ans, lui, qui a crapahuté aux confins de la Patagonie et des terres australes, parle de son pays avec la ferveur de ceux qui aiment à l’infini.

Son cœur appartient indéfectiblement aux sommets de son enfance, où il a choisi de revenir après des années à voyager par monts et par vaux. « Moi qui ai grandi à Dienne, le Limon a toujours été mon terrain de découverte, d’aventures et d’enfance », poursuit-il avec candeur. « Quand on aime la nature, la neige et le vent, on ne peut pas se lasser d’un endroit pareil. ». Et il suffit d’un regard sur ce spectaculaire décor qui s’ouvre à nous pour succomber à notre tour à la beauté rude et lumineuse du Cantal. À peine élancés sur le GR4 qui grimpe gentiment le long de la crête, et déjà nous voilà happés par cette immensité silencieuse où les pentes enneigées reflètent l’azur du ciel. Éxaltée, je ne peux m’empêcher de me retourner maintes et maintes fois pour admirer le puy Mary qui dresse sa silhouette sur fond d’horizon.
Cette vaste banquise tire un trait net entre le bleu du ciel et le blanc du monde.
Taillée par un glacier sur les quatre points cardinaux, cette vedette – malgré son altitude modeste – jadis divinisée par les Celtes pour son énergie, est arpentée chaque année par des milliers de visiteurs. Mais rien ne vaut, aux yeux de Stéphane, « la plus belle montagne du monde » : Peyre Arse. Séparée du puy Mary par la Brèche de Rolland, il domine les monts alentour et sépare les vallées de la Santoire, de la Jordanne, et de l’Impradine qui, en contrebas, déploie ses méandres hésitants gelés par l’hiver. Mais nous ne sommes qu’au début de notre ascension. La crête déroule sous nos pas un long tapis blanc à travers les estives endormies. Recouvert d’une poudreuse immaculée, il s’élève entre les genêts enneigés où seules les empreintes graciles d’un lièvre dessinent les pas d’une danse. Alors, nous ouvrons la trace, savourant cette sensation rare que de marcher sur un paysage encore intact. Car, nous le savons, cette neige généreuse se fait de plus en plus précieuse dans nos contrées. « Il y a quelques années, nous avions deux mois de glace, janvier-février, et on m’appelait pour connaître les conditions. Aujourd’hui, si on a une semaine dans l’hiver, c’est une chance », constate le Cantalou, témoin de cette métamorphose accélérée.
