Il est interdit de se baigner au lac Pavin. Ça, tout le monde le sait. De toute façon, on ne s’approche pas sans une certaine appréhension de ses eaux d’abord étonnamment claires, puis bien plus sombres quelques mètres plus loin. Lové dans un maar (cratère volcanique) vieux de 7 000 ans, d’un diamètre de 800 m et d’une profondeur de 92 m, ce lac est le seul à être « méromictique » en France métropolitaine, ce qui signifie que ses eaux de surface et de profondeur ne se mélangent jamais. Celles de surface (les 60 premiers mètres) se mêlent de façon annuelle ou bisannuelle en se retournant, tandis que celles de profondeur (les 30 derniers mètres) sont complètement stagnantes, ce qui les charge de gaz carbonique. Une augmentation importante de cette teneur en gaz ou des secousses trop violentes entraîneraient une éruption limnique, à savoir un dégazage brutal. C’est le 21 août 1986 qu’un tel phénomène se produisit dans le lac Nyos, au Cameroun, causant la mort par asphyxie de plus de 1 700 personnes et 5 000 animaux.

Certains, pourtant, n’ont pas peur de s’immerger dans ces eaux. Des scientifiques, bien sûr, pour des observations de suivi. Des pompiers, pour des exercices spécifiques de secours. Mais aussi des femmes et des hommes surprenants qui plongent par amour pour ce site.
Dans l’esprit du commun des mortels, la plongée se fait en bord de mer ou d’océan, dans des eaux limpides où la vie colorée foisonne sous nos palmes, et non pas dans des cratères de volcans. Pourtant, c’est bien dans ces milieux hors du commun que le Club Arverne de Plongée (CAP) se régale de sorties toute l’année, sous le grand soleil d’été comme sous la neige et la glace des rudes hivers auvergnats. À leur palmarès, le lac d’Aydat, le gour de Tazenat, le lac de la Godivelle, le lac du Bouchet et, évidemment, le lac Pavin ! Et c’est lorsque la neige a recouvert les longues silhouettes des résineux et qu’une épaisse couche de glace s’est installée à la surface de l’eau que nous rencontrons Alain Garcia, directeur plongée et moniteur fédéral, ainsi que Félix, Paul et Franck lors de leur première sortie de plongée sous glace de l’année. En ce matin d’hiver, le lac, entouré des restes de brumes nocturnes glaçantes et d’un silence presque religieux, semble être endormi à jamais.
